dimanche 28 juillet 2019

Le rhum? Ca ne se boit pas, ça se déguste!



Ça y est! Les vacances sont là et battent leur plein avec tout un florilège de "parties".
Je vous reviens donc avec un article assez spécial, et, je le dis d'entrée, un peu long.

J'ai accordé beaucoup d'importance à sa rédaction, aussi j'espère que vous le lirez jusqu'au bout.

Je vais donc vous parler de cette boisson emblématique de la Martinique : le rhum.

Mais commençons par le commencement.

I - Pourquoi je n'aimais pas le rhum

Née en hexagone, j'ai grandi bercée par les rythmes de Malavoi, Kasav, la compagnie créole, Francky Vincent... et la valse des congés bonifiés de ma mère qui me permettaient, tous les 3 ans de me confronter à mes racines martiniquaises et de m'acculturer grâce à mes nombreux cousins. (ma mamie a eu 11 enfants, je ne dis que ça...)

 A mes 9 ans, nous logions en vacances chez ma tante et chaque soir, son mari prenait un "feu" avec mon père avant le dîner. Un jour où il était absent, ma tante, bonne hôtesse, décida tout de même d'offrir à mon père son apéritif, lequel m’envoya chercher le petit punch. Durant la procession où je prenais bien garde ne pas renverser le précieux breuvage, l'odeur de la mixture me submergea et j'ai trouvé cela séduisant. J'ai donc décidé d'y plonger les lèvres pour comprendre ce qui plaisait tant à mon père.

Haaaaaaaaa! Mais ça brûle! Horreur. C'est affreux. J'ai couru lui livrer son verre et boire dans la foulée un litre d'eau. Pouah! On ne m'y reprendra plus. L'alcool, c'est dégueu!


Puis j'ai 15 ans, et mes parents décident de s'installer en Martinique. Je découvre les vrais zouks grâce aux cours de mes cousins à l'occasion des nombreuses fêtes organisées par une autre de mes tantes. Et entre deux danses, les grands boivent. (les ados aussi vu qu'apparemment, les liqueurs, ça ne compte pas 😂) Mes cousins me proposent de goûter à un rhum vieux. Je leur raconte l'anecdote du punch et leur dis que je préfère passer mon chemin. Ils me rétorquent que le rhum vieux et le rhum blanc n'ont rien à voir et que c'est moi qui ne sait pas le boire. (bon, ils n'avaient pas totalement tort) Ils me recommandent de prendre une belle gorgée mais de ne surtout pas l'avaler de suite, qu'il faut attendre. (je n'ai pas oublié mon bizutage les gars. Mais bon, je vous aime quand même!)

Je vous laisse imaginer la suite. C'était pire que dans mes souvenirs. C'est décidé, je n'aime pas le rhum. Enfin, le punch. Soyons précis. Car bizarrement, je n'ai jamais eu aucun problème avec le planteur. Ha ha. Bref. Je m'égare.

Les années passent, je suis étudiante et sur le campus... eh bien on croise de tout. Mais quand je vois certains garçons torchés après quelques "feux" et tout ce qui va avec, je suis confortée dans l'idée que cette boisson n'est pas faite pour moi et qu'elle n'est pas non plus pour les femmes. Ce n'est pas comme le vin, qui colle plus à mon éducation.

Comme je me trompais!!!

II - La transition qui fit germer le changement

Je suis adulte maintenant. J'ai un blog, un instagram. Je commence à découvrir des blogueuses locales. Parmi elles, Thia Brownsugar . Elle est trentenaire, comme moi, je m'identifie donc plus à elle qu'à d'autres. Elle est pétillante, j'aime ce qu'elle dégage. But what? Elle... boit... du...rhum? Pire, elle en fait l'apologie, le défend, le promotionne, crée un événement autour de cela. Je suis perplexe.

Du coup, je commence à fouiller, pour comprendre cet engouement pour cette boisson relativement mal vue. Je découvre la qualité de la production locale, le label AOC que nous sommes LES SEULS à détenir, les procédés de fabrication... (si vous le pouvez, passez la lire, son blog vous expliquera tout ça bien mieux que moi). Je m’immerge dans le monde des spiritueux et je commence à intégrer qu'il n'y a aucune raison qu'un alcool élaboré avec la merveille qu'est la canne à sucre, soit moins noble qu'un alcool de riz ou de patate! B*tch why? C'est dingue comme on est parfois tentés de se sous-estimer. Petit pays mais grands talents. Mais bon, n’anticipons pas la suite.

Mes recherches virtuelles m'amènent à reconsidérer ma vision de cette boisson et de ceux qui la consomment. (l'étiquette du rhumier, toi-même tu sais!) Mais je n'avais pas encore sauté le pas de retester. Chat échaudé pè dlo frèt!!!

Pourtant une opportunité se présente, et je reçois une invitation pour un événement Trois Rivières, le lancement de la cuvée Bois d'Inde. Nous sommes reçus dans une villa de prestige, la maison est pleine de passionnés, l'ambiance est chill, j'en redemande. Bien sûr, je goûte le liquide ambré. Explosion de saveurs, mais de manière positive cette fois.



Quelques temps plus tard, c'est à un événement La Mauny que je suis invitée. Malheureusement, je ne peux m'y rendre. C'est alors qu'on m'offre une superbe opportunité.


III - Une rencontre inspirante

J'ai eu la chance d'être reçue, de manière privée et privilégiée par leur Maître de Chais: Daniel Baudin.
Initialement, il était prévu qu'il me présente la cuvée Extra de La Mauny qui faisait l'objet du lancement, mais finalement notre échange a duré 3 heures.




J'a pu redécouvrir la Maison La Mauny (ma famille est de Rivière Pilote les gars, on est chauvin, ou on ne l'est pas!) et découvrir un personnage atypique, au parcours incroyable mais surtout passionné, humble et extrêmement sympathique.

Il m'a expliqué avec patience les procédés de fabrication, les conditions pour obtenir le fameux label AOC, les assemblages qui sont faits pour créer certaines cuvées, le vieillissement et les types de fûts utilisés qui contribuent à donner caractères et saveurs à la boisson.

Il m'a aussi parlé de la part des anges, ces 8% de produit qui s'évaporent. (dans les climats tempérés cette part n'est que de 2%, les anges caribéens sont gourmands! 😅)

Mais surtout il m'a appris à lire la couleur de cette boisson et à la goûter correctement. (sé pa an ni fè glouc, quand même!)



Bref, quand j'ai vu toute cette rigueur, ce sérieux, ce savoir-faire, que j'ai pris connaissance des récompenses décernées, en plus du label... j'ai compris la valeur de ce morceau de patrimoine.

Alors est-ce que je bois plus de rhum? Pas nécessairement. Je ne suis pas encore une pro, j'ai beaucoup à apprendre et je continue mes recherches. Mais je suis beaucoup plus en phase avec ce spiritueux et mon regard à son sujet a complètement changé.

Après tout, la responsabilité incombe à celui qui fait l'acte, pas à la chose utilisée.

Et ça, on ne le répétera jamais assez, particulièrement en cette période de liesse et de fêtes populaires, "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".

(c'est valable pour le rhum, le vin, la bière... tous les alcools!)

Du coup, je conclurai avec mon titre que je trouve très approprié.

Le rhum? Ça ne se boit pas, ça se déguste!

A bientôt, et bonnes vacances!

PS: La Maison La Mauny a sorti des nouveautés aromatisées (la gamme Drink Lab) et pour le coup, j'ai très envie d'y goûter!

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